Neurologie
Pesticides, gaz de combat, attentats chimiques : des chercheurs de l’UNICAEN et de l’Inserm identifient un mécanisme cérébral pour protéger le cerveau
| Une recherche de l’université de Caen Normandie et de l’Inserm, publiée dans une revue du groupe Nature, ouvre la voie à une nouvelle stratégie thérapeutique contre les intoxications aux organophosphorés | |
| Caen, mai 2026 – Une équipe de chercheurs de l’université de Caen Normandie, de l’Inserm (UMR-S U1237 PhIND), du CHU de Caen, en collaboration avec l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées et le CEA (BioMaps), vient de publier des résultats de recherche dans la revue Cell Death and Differentiation (groupe Nature).Cette étude met en évidence un mécanisme impliqué dans la survenue des lésions cérébrales provoquées par les composés organophosphorés, une famille de substances comprenant à la fois certains pesticides et des agents neurotoxiques de guerre comme le gaz sarin ou le soman. L’étude révèle que la toxicité des organophosphorés implique un mécanisme moléculaire jusqu’ici ignoré : l’interaction entre la protéine tPA et les récepteurs NMDA. Les chercheurs proposent une nouvelle approche thérapeutique fondée sur le Glunomab, un anticorps médicament innovant capable de bloquer les lésions cérébrales là où les traitements actuels sont sans effet. Une menace toujours actuelle Face aux menaces croissantes liées aux polluants environnementaux (pesticides), aux conflits et aux attentats, utilisant des agents neurotoxiques, la protection du cerveau après une exposition aux composés organophosphorés devient un véritable enjeu de santé publique. En effet, si les traitements d’urgence actuels permettent de sauver des vies, ils ne préviennent pas les séquelles neurologiques à long terme. Une cible thérapeutique identifiée : l’axe tPA-NMDAR Les chercheurs de l’UNICAEN et de l’Inserm ont découvert qu’après une exposition aux toxiques organophosphorés ou à certains pesticides, la présence d’une protéine, le tPA, augmente fortement dans le sang. Cette protéine active certains récepteurs du cerveau (les récepteurs NMDA), ce qui déclenche une cascade de réactions dommageables. Tout l’environnement vasculaire du cerveau est touché : la barrière qui protège le cerveau devient perméable, les vaisseaux cérébraux s’enflamment, le cerveau entre dans un état d’inflammation, la circulation sanguine cérébrale est perturbée durablement. Le Glunomab® : l’espoir d’une immunothérapie protectricePour contrer ce mécanisme, l’équipe a utilisé le Glunomab, un anticorps monoclonal unique développé dans les laboratoires de l’université de Caen et de l’Inserm. Ce candidat-médicament bloque spécifiquement l’interaction délétère entre le tPA et le récepteur NMDA sans créer d’autres perturbations. En d’autres termes, l’administration précoce du Glunomab prévient l’activation inflammatoire des vaisseaux, restaure l’intégrité de la barrière protectrice du cerveau et normalise le couplage neurovasculaire. « Cette découverte change notre compréhension de la toxicité des organophosphorés. Le Glunomab pourrait devenir indispensable, en complément des traitements actuels, pour protéger les populations civiles et les forces armées contre les effets dévastateurs de ces agents », expliquent le Pr. Denis Vivien et le Pr. Cyrille Orset (PhIND) auteurs de l’article.L’axe tPA–NMDAR en tant que nouvelle cible thérapeutique pourrait permettre de :compléter les protocoles de prise en charge des intoxications aiguës aux organophosphorés, en contexte militaire et civil (accident agricole ou industriel),réduire les séquelles neurologiques à long terme chez les victimes exposées à faible dose,ouvrir de nouvelles indications pour le Glunomab, déjà en développement clinique, accélérant potentiellement sa mise sur le marché.Au-delà des organophosphorés, cette découverte renforce la compréhension du rôle central de l’unité neurovasculaire dans de nombreuses pathologies neurologiques (AVC, maladies neurodégénératives, troubles cognitifs). Elle ouvre de nouvelles perspectives en neuroprotection en ciblant, non plus uniquement les neurones, mais l’ensemble de l’environnement vasculaire du cerveau. Un projet soutenu par l’ANR Ce projet de recherche translationnelle est financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Le Glunomab est actuellement développé sous sa forme humanisée par la startup LysTherapeutics. Ce traitement bénéficie de plusieurs brevets (Inserm, Université de Caen Normandie, CHU de Caen), gérés par Inserm Transfert.Article : https://www.ecbasis.org/haitian/beyond-pralidoxime-how-tpa-nmdar-blockade-could-revolutionize-nerve-agent-treatment/ |

