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La baisse du financement de l’aide à domicile pourrait doubler, voire tripler, le coût de prise en charge des personnes dépendantes accompagnées chez elles

Étude réalisée par Eurogroup Consulting et Koreis Conseil entre avril et septembre 2025


Un objectif

Alors qu’un plan grand âge est à nouveau à l’ordre du jour, Adédom et OCIRP produisent une étude qui consiste à objectiver les conséquences économiques et sociales d’un recul du financement de l’aide à domicile, aussi bien pour les territoires que pour les personnes accompagnées.


Deux scénarios

La démarche repose sur une comparaison entre un scénario nominal – correspondant à la situation actuelle de l’aide à domicile – et un scénario dégradé simulant une baisse des financements.


Trois impacts

1/ l’impact économique de l’aide à domicile sur un territoire : emplois, retombées fiscales, revenus disponibles…
2/ l’impact sur le parcours de vie d’une personne âgée dépendante et de son aidant
3/ l’impact sur le parcours de vie d’une personne en situation de handicap et de son aidant

Les modélisations utilisent des sources publiques fiables (INSEE, DREES, DARES, IGAS, CNSA) complétées par des données issues de la littérature et d’avis d’experts. Les hypothèses retenues sont transparentes et conservatrices, afin d’éviter toute surestimation des impacts, et tiennent compte des différences d’exposition des territoires en fonction de leur niveau d’urbanisation, de leurs ressources départementales ou de leur profil démographique.

La solidité du travail repose sur l’intervention d’un comité scientifique indépendant, qui a contribué à la construction du modèle, à la validation des hypothèses et à la relecture des résultats. Cette combinaison de données robustes, de prudence méthodologique et de contrôle scientifique garantit un haut niveau de fiabilité et de recevabilité.


L’impact de l’aide à domicile sur les territoires

L’étude montre que l’aide à domicile représente, pour un EPCI* moyen, une activité économique essentielle : 303 000 heures d’intervention, l’équivalent de 233 emplois, 2,95 millions d’euros de revenus distribués et 2 millions d’euros de recettes publiques chaque année.

Mais tous les territoires ne sont pas exposés de la même manière face à une baisse des financements. Certains, plutôt urbains et plus favorisés, résistent davantage, tandis que d’autres, plus ruraux ou vieillissants, se révèlent nettement plus vulnérables.

En cas de dégradation du secteur, entre 2,5 % et 7,5 % des emplois pourraient disparaître selon le profil du territoire, entraînant des milliers d’heures d’aide en moins et un coût annuel significatif pour la puissance publique lié à la privation d’emploi.

L’étude met ainsi en lumière un risque clair : une contraction des financements fragiliserait d’abord les territoires déjà en difficulté, tout en accroissant les inégalités locales et en pénalisant l’accès des bénéficiaires à l’aide à domicile.

*Établissements publics de coopération intercommunale


Deux territoires, deux réalités face au recul de l’aide à domicile

Pour illustrer concrètement l’impact d’une baisse des financements

L’étude a été appliquée à deux territoires aux profils très différents.

La métropole d’Orléans

Territoire urbain et moyennement exposé, elle bénéficie d’une dynamique démographique et économique plus favorable. Elle compte chaque année :

  • 2,57 millions d’heures d’aide à domicile
  • 1 979 emplois
  • 25 millions d’euros de revenus distribués
  • 15,5 millions d’euros de retombées publiques

Dans ce contexte, une réduction des financements entraînerait une perte estimée de 5 % des emplois, soit 99 postes, pour un coût annuel compris entre 1,3 et 2,5 millions d’euros lié à la privation d’emploi.

La communauté de communes de Caux-Austreberthe

Territoire rural et fortement exposé, reposant sur une offre plus fragile :

  • 183 000 heures d’aide
  • 141 emplois
  • 1,8 million d’euros de revenus distribués
  • 1,1 million d’euros de recettes publiques

Dans un scénario dégradé, la contraction atteindrait 7,5 % des emplois, soit plus de 10 postes supprimés, pour un coût compris entre 137 000 et 265 000 euros par an.

Ces projections montrent que :

  • les territoires les plus vulnérables subissent des effets plus rapides et marqués
  • même les zones urbaines ne sont pas épargnées

Dans tous les cas, la baisse de l’aide à domicile se traduit par :

  • une perte d’emploi immédiate
  • une réduction de l’offre disponible
  • un surcoût pour les finances publiques

confirmant la dimension stratégique de ce secteur pour les dynamiques locales.


Baisse de l’aide à domicile : Focus sur la métropole d’Orléans (45)

La métropole d’Orléans illustre combien l’aide à domicile occupe une place centrale dans l’économie locale.

Avec une activité soutenue et une population vieillissante, le secteur y génère de l’emploi, des revenus et des recettes publiques, tout en assurant un accompagnement essentiel des personnes en perte d’autonomie.

Lorsque les financements publics diminuent :

  • les heures d’intervention reculent
  • les emplois se contractent
  • les retombées économiques s’affaiblissent

Cette dynamique fragilise à la fois l’équilibre économique du territoire et la capacité à répondre aux besoins croissants de la population âgée.

Orléans montre ainsi que même un territoire considéré comme moyennement exposé peut être fortement impacté par un désengagement public.


L’impact du recul de l’aide à domicile pour une personne âgée dépendante et son aidant

Le scénario appliqué au parcours de vie d’une personne âgée montre que la baisse de l’aide à domicile entraîne une dégradation accélérée de l’autonomie.

Avec moins d’heures d’accompagnement :

  • la personne se retrouve davantage seule
  • elle réalise moins d’activités préventives
  • son état de santé se détériore plus rapidement

Conséquences :

  • augmentation des hospitalisations
  • épisodes de soins non programmés
  • recours plus fréquent aux professionnels de santé

Cette fragilisation conduit également à une entrée plus précoce en établissement, l’une des dépenses les plus lourdes de la dépendance.

Le principal moteur du surcoût

Le glissement du domicile vers l’hébergement spécialisé constitue le principal moteur du surcoût observé dans le scénario dégradé.

Résultat :
Un surcoût total de 87 000 €, dont 40 % supportés par la puissance publique (soins, hospitalisations, prise en charge institutionnelle).

Impact sur l’aidante familiale

Moins de services = plus de charge informelle :

  • tâches accrues
  • déplacements supplémentaires
  • gestion des urgences
  • compensation des heures manquantes

Conséquences :

  • absences professionnelles
  • fatigue chronique
  • pression mentale forte
  • qualité de vie durablement affectée

L’impact du recul de l’aide à domicile pour une personne en situation de handicap et son aidant

Lorsqu’une personne en situation de handicap voit ses heures d’aide diminuer, l’impact est encore plus marqué que pour une personne âgée.

Le manque d’accompagnement entraîne :

  • perte d’autonomie fonctionnelle
  • moindre participation aux activités éducatives ou sociales
  • difficulté accrue à maintenir des repères essentiels

Conséquences médicales

  • intensification des besoins médicaux
  • consultations accrues
  • interventions spécialisées
  • situations d’urgence plus fréquentes

Entrée plus précoce en établissement spécialisé

Faute d’un accompagnement suffisant, l’hébergement médico-social devient nécessaire plus tôt, pour plus longtemps, et à un niveau de prise en charge plus élevé.

Impact sur l’aidante familiale

La baisse de l’aide professionnelle provoque :

  • alourdissement constant de la charge de soins
  • fatigue accrue
  • dégradation professionnelle (temps réduit, absences, renoncements, retraits de l’emploi)

Un surcoût massif

Au total : 1 755 000 € de surcoûts, dont 80 % supportés par les finances publiques.

La plus grande part est liée à l’hébergement spécialisé et aux soins supplémentaires induits par la perte d’autonomie accélérée.


L’aide à domicile est un investissement rentable

Les analyses des parcours de vie et des dynamiques territoriales aboutissent à une conclusion unanime :

Réduire l’aide à domicile ne génère aucune économie — ni pour les finances publiques, ni pour les ménages.

Quel que soit l’angle :

  • perte d’autonomie accélérée
  • hospitalisations plus nombreuses
  • entrée prématurée en établissement
  • besoins médicaux intensifiés
  • désinsertion des aidants
  • pertes d’emploi locales
  • contraction des recettes publiques

Chaque euro retiré entraîne un surcoût immédiat :

  • pour l’État
  • pour les départements
  • pour les familles

L’aide à domicile : un outil de prévention globale

Elle prévient :

  • la perte d’autonomie
  • les hospitalisations
  • les ruptures professionnelles des aidants
  • la désorganisation économique locale

Chaque euro investi évite des dépenses bien plus élevées dans les secteurs du soin, de l’hébergement et du soutien social.

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