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IA et santé : les géants de la tech à la conquête d’un marché vital

Commentaire d’Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse des marchés pour etoro

La santé devient un terrain de conquête pour les géants technologiques. Derrière les promesses de diagnostics plus précoces et de traitements personnalisés se dessine une ambition économique, devenir des fournisseurs incontournables du système de soins. Pour Google, Microsoft ou Nvidia, l’enjeu consiste à installer leurs technologies au cœur d’un secteur où chaque gain d’efficacité peut avoir une valeur considérable.

Alphabet, la maison mère de Google, avance notamment avec Isomorphic Labs, qui a annoncé une levée de 600 millions de dollars en mars 2025 pour développer la conception de médicaments par intelligence artificielle. L’objectif est d’accélérer la recherche et d’améliorer la sélection des molécules prometteuses. Réduire les échecs représenterait un avantage majeur pour les laboratoires, même si une découverte informatique doit encore franchir les étapes de validation clinique.

De son côté, Microsoft privilégie une porte d’entrée plus opérationnelle. Avec Dragon Copilot, le groupe propose d’alléger la documentation clinique et certaines tâches administratives. L’objectif serait de faire gagner du temps aux professionnels grâce à un logiciel commercialisé sous licence. Cette approche permet de construire des revenus récurrents, sans attendre l’arrivée d’un médicament issu de l’IA.

Pour Nvidia, ce sont les infrastructures nécessaires à cette transformation qui l’intéresse. En janvier 2026, le groupe et Eli Lilly ont annoncé jusqu’à un milliard de dollars d’investissement conjoint sur cinq ans dans un laboratoire consacré à l’IA. Pour Nvidia, la recherche pharmaceutique constitue ainsi un débouché supplémentaire pour ses technologies de calcul.

Dans cette compétition, les données médicales deviennent une ressource stratégique. Leur intérêt dépend cependant de leur qualité et de leur exploitation dans un cadre de confiance. Accumuler des dossiers ne suffit pas, il faut pouvoir en tirer une information fiable, utile pour le soignant et le patient.

C’est ici que se jouera la rentabilité du marché. Une meilleure détection peut permettre une prise en charge plus précoce, mais aussi provoquer davantage d’examens. L’économie promise doit donc être démontrée, et son bénéficiaire identifié. Un gain pour l’établissement ne devient pas automatiquement une économie pour l’assureur ou le patient.

À court terme, les modèles économiques les plus lisibles semblent donc liés à la productivité des professionnels. À plus long terme, la médecine personnalisée pourrait créer davantage de valeur. La bataille portera alors sur son partage. Quelle part reviendra aux acteurs du soin, et quelle part sera captée par les plateformes technologiques devenues indispensables à leur fonctionnement ? L’avenir nous le dira.

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